Vendredi 10 février 2006

Mais écrivez Poori de Puri...

Finalement, le train est arrivé à Puri, le quatrième point cardinal de l'Inde. On vient de très loin visiter le temple de Jagannath Mandir. Pour ma part, j'aspirais à prendre une bonne douche, à bien déjeuner puis à reprendre la route, ou plutôt la mer.

Dans la gare, un hôtel imposant mais un peu délabré. Au rez de chaussée, le restaurant semble démesuré pour les quelques clients présents. Des serveurs en grand uniforme se tiennent derrière vous pendant tout le repas, singuliers vestiges des Chemins de Fer de l'empire britannique, il maintiennent l'étiquette qui régnait à la cour de la reine Victoria.

Les crevettes sautées étaient fraîches et croquantes. Le poori, quoique un peu gras, m'a semblé délectable. J'aimais le silence de cette grande salle seulement troublé par les pales de ventilateurs poussifs.



Un peu plus loin, un homme grisonnant m'observait avec curiosité. Au moment du thé, il s'est dirigé vers ma table et m'a demandé la permission de s'asseoir.

Bien sûr, il a voulu savoir d'où je venais et où j'allais.

  • « Vous avez déjà beaucoup voyagé, mais beaucoup moins que le nom de cette ville ».

Je ne comprenais pas.

  • « Puri est dérivé de Pura qui signifie ville, château, forteresse en langue Pali, l'une de nos langues les plus anciennes. Et voyez-vous Mlle Fleur de sel, les mots voyagent. Ils s'accrochent aux basques des voyageurs, comme les semences de mauvaises herbes et les virus ».

  • « Mais Monsieur, en France, pourri n'a pas du tout la même signification! »

    « Mlle Fleur de sel, je vous parle du germanique BURG, dérivé de notre PURA pali. Peut-être êtes-vous allée Marburg ou à Wolfsburg. Vous connaissez à coup sûr Strasbourg ».

  • « Ah oui, c'est donc arrivé en France! »

  • « Pas seulement. Le grand Pierre de Russie l'a ramené chez lui pour fonder St-Petersbourg, les Anglais l'ont embarqué vers l'Amérique et baptisé Pittsburg, d'autres l'ont transporté jusqu'en Afrique du Sud pour créer Johannisburg »

  • « Tout l'occident et même l'Afrique! »

  • « Mais on trouve aussi des Puri en Indonésie et des Buri en Thaïlande, vous voyez, vous êtes ici à la source des civilisations urbaines ». Il semblait émue et j'étais impressionnée.

Nous avons encore beaucoup parlé, surtout lui d'ailleurs. Il me déconseillait fortement de prendre le bateau pour passer au Myanmar. Les voies terrestres, plus longues certes, étaient plus sûres. Mais finalement, c'est lui qui m'a mis en contact avec un pêcheur disposé à m'emmener.

Au moment où j'embarquais, il m'a confié 7 images classées dans un ordre précis (cela semblait primordial). A mon arrivée à Sittwe une femme m'accosterait en prononçant ces mots : Aung San Suu Ky. C'est à elle seule qu'il fallait remettre les précieuses images.

Il m'a fait répéter plusieurs fois les mots Aung San Suu Ky.


Le bateau tanguait, la brise du soir a gonflé la voile, la coque s'est soulevée et nous voilà partis sur les eaux du golfe de Bengale


par Fleur de sel publié dans : Le tour du monde
Jeudi 9 février 2006

Traverser l'Inde n'est pas une mince affaire! Que d'attentes et de changements. Mais, je ne suis jamais restée seule. Toujours une personne du train précédent expliquait mes « particularités » aux nouveaux passagers.


On m'installait au milieu du wagon et tandis que le train cahotait et que la campagne défilait derrière les fenêtres grandes ouvertes, on se regroupait tout autour, on me tendaient des chapatis, et on m'abreuvaient de questions.


« You must be a very fast reader! » J'avoue : oui, je survole, je lis quand la photo est belle, je grapille, je grignote de-ci de-là, je butine, je pollinise...


« What about the others? Do they read more carefully than you?». En général non, mais certaines vous épluchent une recette comme le notaire vous détaille les clauses, les alinéas, les notules d'un testament.



Comment expliquer. Pour Emi et pour moi, Blog-Actu, c'est le marché. On y va pour regarder, humer, tâter, soupeser, goûter, rêver. C'est comme une rue commerçante idéale pour le lèche-vitrine. On pousse une porte, on salue, on essaye. Quelques-fois on achète.



On traduisait mes réponses en urdu, bengali, malayalam, penjabi, hindi, gujarati... Puis des mots bourdonnaient en retour pour de nouvelles questions. Une femme tamile déversait des torrents de syllabes qu'une autre condensait en deux ou trois mots!



On s'intéressait beaucoup à l'art du commentaire. Une grand femme aux yeux clairs voulait savoir si elle aussi pouvait participer et exprimer ses opinions en anglais.

  • Mais oui, bien sûr

  • « But what do you write ? »

  • J'écris « C'est très joli, ça sent bon, j'en veux, j'arrive, garde m'en une part!, c'est à tomber par terre...»

  • « You fall down? »

  • No, it knoks me down!

  • « Oh, is it SO simple? »

  • Parfois on dit : « Coucou! Miam-miam!, Je bave! »

  • « Cuckoo? Miam Miam, Jebaveu? »

  • Oui, c'est normal

  • « Jebaveu, you mean, like a dog? »

On riait sur tous les tons et dans toutes les langues de l'Inde : Ha ha, Ho ho, Hi hi...


Le locomotive à vapeur ahanait. Notre convoi cahotant et tressautant avançait dans l'immensité indienne. Par les fenêtres grandes ouvertes s'échappait une folle cacophonie : Haha, Cuckoo, Miam-Miam, Jeubaveu, Hoho, hihi, Miam-miam, cuckoo, cukoo, Hu hu, miam-miam, Hi hi...



Un peu d'eau, un peu de farine : le chapati
Chapati

par Fleur de sel publié dans : Le tour du monde
Mercredi 8 février 2006
Fleur de sel n'a pas l'air de vouloir publier aujourd'hui. Ca tombe bien. Il y a quelques personnes comme Gastronomades pour réclamer mon retour sur le blog afin qu'on y lise des choses plus utiles et moins futiles.
Fleur de sel a tendance à ne voir que la forme et à négliger le fond. Un blog culinaire ne doit-il pas donner la place centrale à La Recette? Sinon, où irons-nous, je vous le demande?


Autre question, les samosa, vous les achetez tout prêts?

Et quand vous les réchauffez ces samosa achetés, la pâte n'est pas un peu grasse et mollassonne?

Je ne voudrais pas vous influencer, mais les samosa préparés à la maison, c'est quand même autre chose. Vous choisirez vous-même la viande et les légumes, bios si possible, bien frais dans tous les cas...

Ensuite, lorsque vous apporterez les samosa tout chauds sur la table, ils murmeront et crépiteront encore un instant, au sortir de la casserole. Ils seront croustillants et très légers sous la dent.

Alors, tout le monde s'exclamera : "Quoi? Ca ! Des samosa? Mais ça n'a rien à voir avec ce qu'on me donne d'habitude!".

Et vous, triomphale ou modeste, selon votre mode pour vous la jouer "Oh, moi, je les prépare toujours moi-même". Vous pourrez même leur proposer votre recette, la vraie, l'unique...(la mienne est celle du livre déjà cité)

Vous n'avez jamais essayé?  Voici quelques exercices et après ça, vous plierez les samosa aussi vite que d'autres leur serviette. Ci-dessous les 4 étapes :




Mais reprenons au début


10 feuilles carrées pour rouleau de printemps (21,5 x 21,5).

– Les couper en 3. On fabrique ainsi des mini-samosa, plus maniables et faciles à manger.

J'ai aussi essayé avec de feuilles de brick mais le résultat est très friable. Par contre, je n'ai pas essayé les feuilles de filo.


Farce à la viande

1 càs d'huile ou de ghee
1 gousse d'ail hachée fin
1 càc de gingembre frais haché fin
2 oignons moyens hachés finement
2 càc de poudre de curry
½ càc de sel
1 càs de vinaigre ou de jus citron
250g de viande hachée( agneau ou boeuf) - on peut obtenir de 25 à 30 mini-samosa.
½ tasse d'eau chaude
1càc de garam massala
2 càs de lles de menthe ou de coriandre fraîche hachées


Chauffer le ghee dans une casserole et y faire revenir l'ail, le gingembre et la moitié de l'oignon, jusqu'à ce que ce dernier commence à fondre. Ajouter la poudre de curry, le sel et le vinaigre. Mélanger, ajouter alors la viande hachée et faire revenir à feu vif en remuant constamment jusqu'à ce qu'elle colore. Baisser le feu et ajouter l'eau chaude. Couvrir et laisser cuire doucement en remuant fréquemment,jusqu'à ce que la viande soit tendre et qu'il ne reste plus de liquide. Saupoudrer de garam massala et de feuilles de menthe ou de coriandre. Retirer du feu et laisser refoidir. Ajouter l'oignon restant, bien mélanger.

Montage

Regardez la photo. Préparer le mélange de fécule de pomme de terre et d'eau à utiliser en guise de «  colle ». Ne remplissez pas trop : trop pleins, il éclatent et se répandent dans l'huile de friture. Cette étape de collage est très importante. Si on la néglige et que les samosa ne soient pas bien soudés, ils se défairont. Choupette utilise du blanc d'oeuf pour ce collage.

Cuisson : Pour ma part, je les fris dans une casserole, parce que je veux pouvoir les tourner et leur faire prendre une jolie couleur. Dans une friteuse, on irait plus vite mais je crois que la couleur obtenue serait moins jolie.

Si on voulait les cuire au four, j'imagine qu'il faudrait les badigeonner d'huile auparavant. C'est à essayer...

On peut préparer tous les samosa à l'avance. Mais on ne peut pas simplement les empiler car on risquerait ensuite de les abîmer en les séparant. Penser à séparer les couches avec de la cellophane.


Farce aux légumes

350g de pommes de terre
150g de petits pois

150g de carottes
1 piment vert frais
2 càs de garam masala
1 càs de piment rouge moulu
1 càs de gimgembre frais râpé
1 càc de cumin
ghee ou beurre
sel

Faire bouillir les pommes de terre, les peler et les écraser avec le garam masala. Mixer le reste des épices avec le piment vert, pincée de sel et un peu d'eau, pour obtenir une pâte.
Peler et émincer finement les carottes. Les faire revenir à l'huile dans une cocotte avec les petits pois (J'ai utilisé les surgelés .nc je les ai blanchsi et ajoutés à la fin) puis verser un peu d'eau, ajouter la
pâte d'épices, couvrir et laisser cuire. Incorporer les pommes de terre, et laisser encore quelques instants.



Bon, je me sens mieux et je trouve que ce blog retrouve un peu de tenue.

Consultez aussi la version sucrée proposée par Avital.
Diantre (comme ne disait pas mon grand-père japonais, cet article est en train de se transformer en encyclopédie du samosa!
Mardi 7 février 2006

A peine installée sur la banquette, 5 autres femmes sont entrées dans le compartiment.. Un contrôleur est passé et a examiné les billets. « But you did not have to pay! Blog Creatures can travel free in India! », s'est-il exclamé. Mon anonymat percé, j'ai été criblée de questions par mes compagnes de voyage.

« Are you married? » (Il faudrait mettre 5 ou 6 R pour exprimer la manière dont elles roulent ce son du bout de la langue)

« Who will choose your husband? Your parents or yourself? »

Elles ne se contentaient d'aucune réponse, me relançant sans cesse.

« But why do you not write about finding a husband instead of concentrating on cooking? »

« How much do you earn  when you write ». A ma réponse, elles m'ont regardé avec incrédulité puis elles ont éclaté de rire. J'écrivais sans en retirer aucun profit!

« But why do you waste your time writing then? »

J'ai parlé de nos traditions en France. Les personnes qui lisent mon blog sont comme celles qui fréquentaient les salons au XVIIIème. On rencontre des gens intéressants, on crée de la conversation, on s'épanouit en société.

Elles ont continué à rire, d'un rire d'incompréhension. J'ai cité la grande Sei Shonagon - mère de toute femme qui souhaite écrire - la contesse de Die, Louise Labbé et d'autres... Rien ni personne ne pouvait entamer leur refus.

Alors, j'ai formulé un exemple qui me trotte dans la tête depuis quelques temps.

« Moi et les autres blogueuses, nous sommes comme des copines à l'école. Le matin, j'arrive, j'embrasse celles de mon groupe. Je regarde leur robe, elles me montrent la leur. Je leur prête mes brachelets, elles me font essayer leur foulard. Nous échangeons nos goûters et il y en a toujours une pour proposer un nouveau jeu...Il y a des grandes que tout le monde respecte et à qui on fait la cour, il y a celles qui vous snobent et celles à qui l'on confie les secrets les plus secrets »

Cette fois-ci, j'avais touché. Elles aussi, elles avaient connu ces moments, elles s'étaient tiré les nattes, avaient joué à colin-maillard et avaient échangé des bijoux.

Elles se sont rapprochées et ont partagé avec moi leurs provisions.



des samosa chauds et croustillants...


 
Résumé des chapitres précédents : Fleur de sel, très jeune créature de blog, s'est échappée des routines familiales. Chaque matin, elle se lève, regarde le soleil levant puis se met en route, toujours plus à l'est...
Pour lire ses aventures depuis le début, cliquez ici


Lundi 6 février 2006

A la frontière pakistanaise, les douaniers n'étaient pas très différents de ceux qui venaient de fouiller mon maigre bagage à la sortie d'Iran. Ensuite, pour comprendre si je changeais enfin de continent.j'ai scruté les collines et les villes du Baloutschistan.

Lorsque mon voyage n'était encore qu'un rêve vague, j'imaginais que c'était par ici que l'on franchissait le seuil de l'Asie. Tout devait y être différent. A la réflexion, je m'étonne du peu de place accordé à une région si vaste et si peuplée dans mes atlas français.

J'ai longtenps roulé à travers des plaines irriguées par les affluents de l'Indus. Enfin, je suis parvenue à Hyderabad, la ville légendaire dont le Pacha exigeait que les rues, une fois balayées, fûssent aspergées de parfum, chaque matin.

Je me suis installée au premier étage d'un restaurant près du bazaar et j'ai commandé les plats que je voyais sur les tables voisines. Lorsqu'on me les a apportés, un arôme intense s'en dégageait. Comme Marco Polo il y a bien longtemps, j'étais parvenue au royaume des épices.


de gauche à droite en commençant par le haut :

Palak Bahji épinards sautés aux épices
Khira pachchadi concombres dans du yaourt épicé
Chutney 
Chapati
Doh piaza (agneau aux oignons) Recette
Riz basmati aux petits pois

par Fleur de sel publié dans : Le tour du monde
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