Samedi 25 février 2006
I




Yam ma muang - Salade de mangues vertes



 - Riz blanc - On peut trouver en France une variété cultivée dans les normes de l'agriculture bio.
 - Riz rouge (en bas à droite) - Plus sec, plus fibreux, il est cultivé et consommé sur les plateaux du nord-est de la Thaïlande.
 - Riz violet - Plus humide, plus sucré, il est le plat de base des paysans du nord-est. Dans les sociétés urbaines, il accompagne les desserts, par exemple une mangue bien mûre, ou bien il sert à confectionner des kanom (douceurs).


Ingrédients pour 6 personnes :


3 mangues vertes (elles doivent être acides, non arrivées à maturité)
1 c à c de sel
1 c d'huile d'arachide
4 gousses d'ail émincées
5 oignons nouveaux coupés
250 g de filet de porc
1 c de crevettes séchées broyées
1 c à c de nam pla
2 c de cacahuètes grillées écrasées
1 c à c de sucre de palme
poivre
piments rouges hachés fin.  

                                     
Préparation


Eplucher les fruits, couper en lamelles, saler.
Dans un wok, faire revenir  séparément l'ail puis l'oignon dans l'huile. Réserver.
Faire sauter le porc dans le wok
Ajougter la poudre de crevette et les autres condiments
Retirer du feu
Avant de servir, mélanger tous les ingrédients, poivre ad libidum et si, vous aimez le piment, mélangez le à cette salade.
                                    
Cette recette est adaptée de "La cuisine asiatique" de Charmaine Solomon. Flammarion                                  

par Emi Taya publié dans : Salades
Vendredi 24 février 2006

Courant d'un blog à l'autre, vous avez dû oublier ce qui s'est passé ici hier, et à quel point la situation était critique entre Nigel et Francesco.

Mais Nigel a un remède contre les accès de bile : une journée dans un verger, à Thonburi. C'est vrai que ce soir, tout le monde est à nouveau de bonne humeur.


Brigitte, la grande fille en jean qui nous a emboité le pas y est aussi pour beaucoup. Elle laisse les gens s'enferrer dans leurs opinions, puis elle les tire un peu plus loin et tout d'un coup, les voilà tout penauds. C'est du judo intellectuel. Et puis, avec son accent de bonne fille de Lauooosanne, on ne remarque pas tout de suite l'acuité de ses réflexions.


Avant de quitter l'hôtel ce matin, Nigel voulait absolument assister à la finale dame de patinage, « the most suggestive girls in the world ». Oui, a dit Brigitte « au Comité Olympique à Lausanne, les minorités sexuelles vont obtenir une grande victoire. Aux prochains J.O. il y aura du patinage couple homme/homme et femme/femme. Comme ça, ce sera encore beaucoup plus suggestif ». Nigel, tout dépité, m'a quand même félicité pour la victoire de Arakawa-san, comme si j'y étais pour quelque chose, moi, créature de blog née sous le soleil charentais.


Ensuite, Brigite a fait la même chose avec Francesco. Il était reparti dans ses interminables parallèles entre la France et le Siam. elle a abondé dans son sens surtout pour ce qui concerne le domaine agricole : le ventre à blé et le grenier de riz, deux agricultures hyperintensives fortes de l'utilisation massive d'engrais, de pesticides et bientôt d'OGM. Elle nous a parlé des prouesses de l'élevage intensif dans les deux pays, de ces dizaines de miliers de volailles élevées dans des hangars design, des tonnes de produits phytosanitaires qui les maintiennent en vie. Elle s'y connaît très bien. Son père élève quelques vaches sur les pentes du Jura et elle-même étudie l'agronomie. En bonne Suissesse, elle vise un poste dans un organisme international, comme l'IRRI aux Philippines.




Riz blanc de Thaïlande. Il en existe maintenant plusieurs variétés issues d'une agriculture biologique.
Riz rouge : cultivé sur les plateaux de l'Isan, coopérative de Surin.
Riz violet : même région, riz plus humide et plus sucré. Riz de base des paysans du nord-est, il est utilisé pour les desserts dans les sociétés urbaines.
J'ai lu qu'il existerait près de 20'000 espèces de riz en Thaïlande.



Elle voudrait surtout parvenir à  sauvegarder quelques espèces de riz sauvages.

 

Yam ma muang - Salade de mangues vertes







A midi, nous avons mangé des fruits et respiré des fleurs. Par moment la rumeur de Bangkok toute proche s'infiltrait sous les épais feuillages des manguiers et des bananiers. Le verger appartient à une veuve et à ses trois filles. Quand elles ne sont pas en train de cueillir des durians, des jacquiers ou de belles goyaves juteuses, elles empilent les fruits sur leur grosse barque plate, puis elles à partent à deux, l'une accoupie à l'avant, l'autre debout à l'arrière, arqueboutée sur sa perche. L'argent qu'elles gagnent au marché de Sanam Luang, elles le raportent sur le ventre, noué dans leur sarong.


« S'il n'y avait pas eu la crise monétaire des années 90, ces femmes seraient millionnaires » a affirmé Nigel. « Maintenant que l'économie est repartie, un promoteur se présentera bientôt. Elles quitteront ce paradis et auront beaucoup d'argent ».

La capitale dévore à nouveau l'espace qui l'entoure et ingurgite vergers, rizières, marais et canaux.


La fin de l'après-midi approchait lorsqu'une pirogue à longue queue est venue nous chercher. Il a d'abord fallu sortir du labyrinthe de klongs, puis le piroguier à lancé à fond son moteur sur le grand fleuve contournant la capitale. Nous avons aperçu les barges royales, les universités où les contestataires avaient été brûlés vifs dans les années 70, les silhouettes des temples étincelants dans le soleil couchant, les façades blafardes de Yawarat, les grands buildings à touristes et hommes d'affaires, les grues, les docks et les hangars du port.

Puis la ville s'est applatie dans la végétation et la nuit. Notre pirogue a continué de rugir, nous menant toujours plus au sud, vers le Golfe de Siam.

par Fleur de sel publié dans : Le tour du monde
Jeudi 23 février 2006


Une partie de cette recette est empruntée à Charmaine Solomon, "Lart culinaire asiatique" (Flammarion)

Ingrédients pour 6 pâtés.

125 gr de porc
125 fr de chair de poulet
125 gr de de chair de crabe
2 c de coriandre fraîche hâchée
1/4 de c à c de poivre noir moulu
5 gousses d'ail écrasées
1 petit oignon haché
2 c à c de nam pla (nuoc nam)
2 c de crème de coco
1/2 c à c de sucre brun ou de palme
1 gros oeuf.




Hacher l'ensemble des chairs et les mélanger.
Ajouter l'ensemble des autres ingrédients sauf les oeufs.
Casser l'oeuf et séparer le blanc du jaune. Réserver le blanc.
Avec une pointe, crever le jaune, ajoutez la moitié du blanc et battre jusqu'à ce que le mélange mousse. Versez cette mousse d'oeuf sur le mélange de viandes et de crabe. Malaxer soigneusement.

Ici, on peut comme Charmaine Solomon remplir des tasses ou bien choisir la variation que je vous propose ici.

 En effet, on sert généralement ces pâtés dans des sortes de petits récipients carrés en feuille de banane. J'ai remplacé cette coquille de feuille par des artichauts.

Taillez les artichauts comme sur la photo. Les évider. Bien tailler la base pour qu'ils soient stables.
Après les avoir bouillis pendant  5 mn, vous les remplirez avec la farce et vous les remettrez à cuire encore  de 15 à mn, à la vapeur cette fois-ci.

Le piment n'est ici que pour la décoration.

Servir tiède, avec du riz blanc.

Si votre cuisson est bien réussie, vous pourrez aussi manger les feuilles d'artichaut après avoir dégusté le pâté.







Jeudi 23 février 2006
พระนครศรีอยุธยา

Nous nous sommes rencontrés dans le restaurant, peu avant midi. La patronne a tout de suite apporté quelques bières bien fraîches, de la marque que Nigel représente ici, et quelques Singha pour le taquiner. Francesco s'est placé à ma droite, Nigel a tiré sa chaise autant que possible vers la mienne pour être juste à ma gauche. Quand les deux garçons se parlaient, c'était par dessus ma-tête, sans se regarder, en général en anglais, parfois en thaï. Comme je m'étonnais que Franceso parle le thaï aussi couramment que le lao, Nigel a vite dit que c'était la même langue, et qu'un type de Vientianne comprenait un Bangkokois aussi bien qu'un Londonien un type de Liverpool. La grande table était recouverte de plats mais je ne garde le souvenir précis que d'une sorte de pâté ou de flan, présenté dans une feuille de bananier très joliment pliée.


Ensuite, nous avons visité le site des anciens palais. Francesco m'a demandé de traduire en anglais pour Nigel et il s'est mis discourir en français, fort comme un guide professionnel, si bien que très vite, nous avons eu quelques touristes autour de nous qui écoutaient aussi. A la deuxième phrase, Nigel a dit « Make it short » mais une nonne irlandaise s'est interposée. Elle insistait pour avoir tous les détails. Mais enfin, pour vous qui venez ici dans l'espoir de lire un blog culinaire, je résume en quelques mots. D'ailleurs, n'hésitez pas à sauter ce passage, allez directement à l'adaptation de mon plat par Emi.


Francesco a repris son parallèle entre l'évolution de la monarchie en France et au Siam (il prononce Sayam). A partir d'Ayudhya, les rois ont continué à annexer les territoires et les peuples voisins de même que les rois de France s'étaient progressivement adjugés l'Aquitaine, la Bretagne, la Bourgogne, la Savoie, Nice.... Au XVIIème siècle, les ambassadeurs que l'on avait échangés avaient pu constater que la cour du roi de Siam était aussi fastueuse que celle de Louis XIV


« But not as bloody stinky » a ajouté Nigel. Et puis, Nigel s'est mis à rajouter de plus en plus de détails, sur la morgue des jésuites et des commerçants français, sur leur expulsion du Siam, comment les Français avaient été stoppés ici après s'être emparés des autres pays d'Asie du sud-est...


Francesco a répliqué que les Thaïs avaient adopté d'eux-même le code Napoléon et les usages de la poste française, ouvert une annexe de l'Institut Pasteur à Bangkok, que « pain » se disait « kanom pang*** » où « pang » était clairement dérivé de « pain ».


Il y avait maintenant deux groupes et moi j'étais au milieu. J'ai dit que j'étais fatiguée et que je voulais rentrer. J'ai pris Francesco à mon bras gauche et Nigel sous mon bras droit. Pourquoi les Européens continuent-ils à se disputer, même au bout du monde?


Le groupe s'est dispersé, sauf une grande fille en jean et débardeur qui s'est mise à la gauche de Francesco et qui tout en marchant à ses côtés lui demandaient de parler encore de la cour d'Ayudhya.


*** kanom est un mot générique pour les douceurs, les desserts. Pour voir une sélection de kanom, rendez-vous sur le site de Richard ou bien donnez un coup d'oeil à cette page de San

par Fleur de sel publié dans : Le tour du monde
Mercredi 22 février 2006

Ce matin, un bruit persistant s'est infiltré dans mon sommeil. J'ai d'abord cru que c'était une corne de brume et que j'étais dans ma chambre à La Rochelle. Mais la corne fait Bououh bououh bououh alors qu'ici c'était touk touk touk touk touk. J'ai tiré les rideaux, le jour se levait à peine. Au bout du jardin, un remorqueur remontait le fleuve, traînant une dizaine de barges chinoises.


Hier, j'ai traversé une bonne partie des provinces du nord-est. Comme Francesco me l'avait recommandé, j'ai voulu visiter la première capitale des Thaïs. Nigel a eu la gentillesse de m'y emmener et nous sommes promenés à travers les vestiges de Phitsanulok. Mais visiblement, mon guide s'ennuyait. Alors, nous sommes repartis dans sa grosse Toyota. Nigel aime la campagne, les villages, les villes moyennes mais pas les monuments, surtout pas en ruines.


Nigel conduit très bien. Il représente un grand consortium de bières et voyage beaucoup. Il rend visite à tous les patrons de bars et de restaurants du pays. Quand il arrive quelque part, les sourires éclairent les visages et tout le monde connaît son nom.


Le soir nous sommes arrivés à Nakhon Sawan. Il a obtenu pour moi la plus grande chambre avec la plus belle vue dans l'hôtel le mieux placé. Et aujourd'hui, il m'a consacré tout son temps, toutes affaires cessantes. A 8 heures, il était devant l'hôtel, à côté de 2 vélos flambant neufs. Je crois bien qu'il les avaient achetés pour l'occasion.


Nous avons roulé toute la matinée, sur les avenues puis sur les allées du jardin qui forme le centre de la ville. Nigel est sportif, il a voulu le prouver. Ca a été terrible. La pente la plus sévère que je connais est celle du pont de l'île de Ré. Quand je suis enfin arrivée en haut du Khao Kop, la colline qui domine toute la région. tous mes muscles criaient pitié! Mais de là-haut on voyait se rejoindre quatre belles rivières nommées, Ping, Wang, Nom, Yom. Ensemble elles donnent naissance à la noble แม่น้ำเจ้าพระยา, Mère des Eaux Grand Généralissime, La Mae Nam Chao Praya. Le grand fleuve qui irrigue ensuite toutes les rizières du centre.


Salade de poisson d'eau douce "pla sua" , spécialité de Nakhon Sawan.
Servi avec un peu de citronelle, d'ail, quelques gouttes de nam pla, quelques légumes, du jus de citron, un peu de piment frais...
"hoy tod" des moules, ou pourquoi pas des huîtres ou d'autres coquillages (hoy) sautées (tod) avec des oeufs, un peu de poudre de riz grillé, de la sauce de poisson (nahm pla), des pousses de soja, quelques feuilles de coriandre. Plat très rapide à préparer dans un wok ou un poêle normale.
Nigel connaît tout ce qui touche à la bière. Mais il manifeste aussi un réel intérêt pour tout ce qui touche au riz. Il dit que plus de la moitié des 6,5 milliards d'humains dépendent directement de la culture du riz. Qu'ici, on a réussi des prodiges, que c'est le premier exportateur mondial avec un volume deux fois supérieur à celui de l'Inde ou les États-Unis. Je crois qu'il admire beaucoup les Thaïs mais il a fini avec une blague d'un goût curieux. « Pourquoi les asiatiques ont-ils les yeux bridés? ». Je voyais son oeil briller et son envie irrésistible de me révéler là réponse. « Parce que chaque jour, quand la femme apporte du riz sur la table, toute la famille se prend le front en disant, oh non, encore du riz ». Et en parlant, il a fait le geste de tirer ses yeux vers l'arrière. Ils sont devenus tout bridés et il a éclaté de rire. Est-ce donc ça l'humour anglais?


Nous nous sommes arrêtés plusieurs fois, j'ai goûté quelques-uns de ces plats incroyablement bons qu'on vous confectionne presque instantanément dans le plus minable troquet au coin de la plus petite rue de Nakhon Sawan.


Demain, nous irons à Ayuthaya. Je dois y rejoindre Francesco. Je crois que lui et Nigel vont très bien s'entendre.

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