Avant-hier après-midi, j'étais sur le bord d'une petite route de montagne au Montenegro. J'attendais depuis 2 heures, pas une voiture. J'appréhendais la suite. Le froid était vif et la neige tombait serrée. Enfin, une grosse berline est passée et s'est arrêtée. Au volant, une femme aimable et maternelle. Quand elle a compris que je venais de France, elle m'a invitée à passer la nuit chez elle.
Au dîner, il y a eu des Ćufte u sosu od paradajza na danski način et des Francuski krompir autrement dit des boulettes de viande, fort bonnes ma foi et des pommes de terre à la française. Jétais installée à table entre elle et le maître de maison, face à ses deux filles aux longs cheveux blonds. J'avais une sensation de déjà-vu. Comme Emi, Mme Kapetanović s'intéresse énormément à la cuisine et malgré les tentatives de ses filles pour parler de mode ou de chanson, la conversation revient immanquablement sur des recettes. Voici d'ailleurs celle de ses boulettes, telle qu'elle me l'a confiée mais différente du plat qui figurent sur la photo (pris dans les archives d'Emi)

Je comprends mieux l'exaspération des filles d'Emi. Mon arrivée dans la famille, il y a 6 mois, a tout désorganisé. Non seulement les repas étaient servis de plus en plus tard et refroidissaient pendant qu'on les photographiait, mais en plus, à table, la conversation était sans cesse centrée sur moi.
- Est-ce que ce n'est pas trop banal si je cuisine des korroke pour Fleur de sel?
- J'aimerais manger des huîtres mais j'en avais déjà préparé pour Fleur de sel la semaine dernière!
Sur moi et les autres blogs. A table, on ne parlait que des financiers de Choupette, de la confiture de Lilizen, de l'osso-bucco de Claire Emma, des crostinis de Dupontdag, des endives de Kisne, du lapin de Gracianne, bref, c'était comme si tous les blogs de blog appétit étaient présents autour de la table en permanence. Les deux filles d'Emi, que je considérais pourtant comme mes soeurs commençaient à me regarder de travers. J'ai surpris quelques conciliabules dans leur chambre
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Elle n'en a plus que pour Fleur de sel
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Elle néglige le ménage, elle ne sort plus, elle ne va plus jamais au cinéma avec nous.
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On ne mange plus jamais de crêpes ni de gaufres sous prétexte qu'elle ne peut pas proposer ça à Fleur de sel.
De plus en plus, il y avait à mon égard un sentiment de détestation comme envers une soeur cadette trop gâtée. Je me demande comme cela se passe dans les autres familles.
Et voilà que Gordana et Višnja, les deux filles de Mme et M. Urošević Kapetanović jetaient le même regard sur moi. Malgré l'invitation de mes hôtes à rester quelques jours chez eux, j'ai annoncé que j'étais attendue à Belgrade et qu'il me fallait repartir tôt le lendemain matin. Le regard de Gordana et de
Višnja s'est éclairci et la soirée s'est terminée agréablement en sirotant de petits verres de Slivovitz.
Tout cela m'a fait beaucoup réfléchir. J'ai un vague sentiment de culpabilité et je me demande comment cela se passe dans les familles des autres blogueurs...
SASTOJCI
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1/2 kg mlevenog svinjskog mesa
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1 jaje
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1 glavica crnog luka
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30 grama brašna
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1 kašičica svee majčine dušice
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1 kašika ulja
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malo mleka
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so i biber
Sos
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400 grama seckanog paradajza
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450 ml pileće osnove za supu
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30 grama brašna
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30 grama putera
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1 kašika pirea od paradajza
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1 čen belog luka
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1 lovorov list
Pas de nouvelles. Rien depuis son billet d'hier matin.
Tout à l'heure, il faisait encore nuit, je suis sortie dans le jardin. Un croissant de lune, fin et affûté comme un serpe pendait au bas de l'horizon, au sud-sud-est. Ma pensée a volé vers Fleur de sel. Dans quelle ville dominée de minarets a-t-elle dormi? Qu'a-t-elle mangé hier soir? Qui a-t-elle rencontré? Elle est tellement jeune, confiante, inexpérimentée... tellement mignonne aussi...
Hier, pour combattre l'inquiétude, je me suis lancée dans la pâtisserie. Depuis son départ, je lis et me documente beaucoup pour la suivre dans les pays qu'elle traverse. Est-elle toujours en Bosnie? Est-elle remontée vers le nord pour visiter Sarajevo? Est-elle entrée en Serbie, plus au sud?
Je n'ai jamais visité ces pays. Les seules images qu'ils évoquent viennent d'une bande dessinée (Tintin, Tournesol?) que j'avais lue en japonais il y a bien longtemps.
Mon rêve de cette nuit s'explique sûrement ainsi. Je voyais Fleur de sel, dévalant une pente et poursuivie par des hommes ventrus, moustachus, vociférant des syllabes comme Zvač, Dravn, Dnisrbja ou Crna.
Fleur de sel criait お母さん okaasan, okaasan, c'est à dire Maman.
J'ai besoin de me calmer. Je vais écrire la recette du gâteau. Si vous repassez vers midi, elle sera postée ICI.
J'avais repéré cette appétissante pâtisserie dans les livres que je consulte en ce moment. En Croatie, c'est une « makovnjaca », en Slovénie une « potica », en Pologne une « makowiec ». Bref, c'est un gâteau roulé aux graines de pavot que l'on mange dans de nombreux pays d'Europe de l'est. Mais en trouve-t-on en Bosnie, je l'ignore...

Ingrédients
Pour la farce : Pour la pâte
Préparation
- La veille, ébouillantez le pavot et tenez-le dans l'eau chaude une heure durant, de façon à ce qu'il gonfle. Mettez-le à égouter pour la nuit dans une étamine.
- Le lendemain, passez le pavot au mixer pour le broyer.
- Incorporez et mélanger ensuite au pavot tous les autres ingrédients. Mélanger tous les ingrédients secs pour confectionner la pâte.
- Creusez un puits et ajoutez-y oeufs, beurre, rhum.
- Pétrissez bien. La pâte doit être souple et se décoller des doigts. Au besoin, ajoutez un peu de crème ou au contraire, saupoudrez d'un peu de farine.
- Abaissez au rouleau en carrés sur une épaisseur de quelques millimètres.
- Garnissez de pavot en laissant tout autour un bord de 2cm. A l'aide d'un grand couteau plat à large larme, enroulez la pâte sur elle-même.
- Enveloppez le gâteau dans un morceau de papier de cuisson que vous germerez par des épingles sur trois côtés en lui laissant un peu de place car il va doubler de volume.
- Enfournez dans un four modéré à chaud ( vers 200° ) pour 40 à 50 mn environ.
- Après refroidissement complet, procédez au glaçage, ou simplement saupoudrez de sucre glace.
A force de descendre la côte Dalmate, j'ai fini par buter sur la frontière de la Bosnie Herzégovine.Ce pays n'a que 20 km d'accés à la mer! C'est plus que la Suisse mais c'est quand même très peu. Fini les bons plats de poisson et de fruits de mer de Slovénie ou de Croatie.
Je viens de m'apercevoir que j'ai oublié de fêter mon anniversaire. Avant-hier, j'ai eu 6 mois. Chez les créatures de blog, il paraît que c'est le bel âge. Parmi mes congénères qui naissent chaque seconde, beaucoup n'iront pas plus loin que leur 1er article! Chez les plus vieux, ceux qui atteignent leur 4ème ou 5ème année, il y en a pas mal qui radotent. Alors que 6 mois, c'est un âge épatant. Sans vouloir offenser personne, les auteurs de blogs, eux, sont beaucoup plus âgés. Emi, par exemple, est une auteure du XX siècle. Une ou deux fois, d'autres auteurs ont donné leur âge et j'ai vu qu'eux aussi étaient nés pendant le deuxième millénaire!
Et bien justement, un vieil homme qui m'a prise en stop à la sortie de Split m'a expliqué que dans ces régions, les siècles passés avaient été une succession de guerres. Tantôt on se battait contre la domination turque, autrichienne, mussolinienne et quand on était libéré des oppresseurs, on recommençait à se battre entre soi pour des histoires de bouts de terre, de croyances ou de coutumes. Il a frisé ses longues moustaches et a précisé que ces batailles étaient d'un férocité épouvantable.
C'est d'autant plus étonnant que les gens ont l'air gentils, sympathiques, qu'ils parlent des langues qui se ressemblent et qu'ils mangent des plats très similaires même si les appellations diffèrent d'un lieu à l'autre. J'ai l'impression que c'est comme chez moi, en Charente : toutes les ménagères sont persuadées d'avoir la seule et unique recette de la VRAIE galette. Il faut voir les mines qu'elles prennent lorsque vous confient le secret de leur ultime trésor.
Alors ici, il faut que je fasse très attention. Les gens apprécient un plat qu'on appelle le beurek (transcription phonétique approximative). Peut-être faut-il écrire burek ou boureck selon les vallées et les villages. Pour une fois, je suis très heureuse qu'Emi vous donne sa propre interprétation de la recette (cliquez ICI) car ainsi, je ne risque pas d'être accusée de parti-pris ou de haute trahison.




