Lundi 27 février 2006

Fleur de sel, je n'en peux plus. Voici quarante-cinq jours que tu voyages et que moi, chaque jour, je déchiffre des recettes inconnues, que je cours les magasins pour trouver et acheter des ingrédients rares. Si au moins tes étapes étaient régulières! Si par exemple, tu avançais de 500 km par jour, je pourrais m'organiser, programmer un peu à l'avance.

Parfois tu m'as beaucoup déçue. Regarde la Turquie que tu as traversé d'un trait, de nuit. Alors qu'il y a là une gastronomie si riche! Un résumé de tout le moyen-orient! Ta manière de procéder, ce n'est pas du voyage, c'est une course contre la montre. Pareil au Pakistan, tu n'as parlé ni des Briyani, ni de la Mulligatawnee soup. Tu voyages encore plus vite que les plus pressés de mes compatriotes. Et puis ensuite, sans aucune raison, tu t'arrêtes... Qu'est-ce que c'est que toutes ces journées sur des bateaux, dans les ports et sur les plages, alors que l'on y mange notoirement mal et que l'eau peut t'être fatale et qu'elle te menace d'une vie dissolue!

Pout te montrer que moi, j'ai pris tout cela au sérieux, je te dirai simplement qu'en prévision de ton séjour en Indonésie, j'avais déjà stocké du riz et des crevettes séchées de Java dans le placard. Et dans le frigo, j'ai congelé des cuisses de grenouilles comme celles que Balthazar et moi avions mangées à Cirebon, du poulet pour faire du soto, des petites boulettes de poisson qu'il y a dans les soupes chinoises de Surabaya et même des champignons de Bali J'ai aussi retrouvé les notes que j'avais prises à Macassar et j'ai pris contact avec la famille Waworuntu à Menado pour savoir s'ils pouvaient t'accueillir.

Le pire, c'est que je suis bloquée à la maison pendant que tu traînes sur les plages de Thaïlande et que tu composes des vers de mirliton sur les femmes minangkabau.

Je te le dis, je craque. Ici, les premiers signes du printemps sont partout. Les légumes tout frais seront bientôt sur les marchés alors que moi je serai obligée de te préparer les tempeh de Denpassar ou le soto de Madura. Je verrai une sole toute brillante chez mon poissonnier et ton itinéraire me réclamera les satés de Jogjakarta.

Sans compter que mon beau blog de cuisine est devenu n'importe quoi. Tu plagies Rimbaud, tu dénatures Baudelaire et tu oublies l'essentiel, ce qui fait le bonheur de mes lecteurs : les plats et les recettes.

Balthazar et moi en avons longuement parlé. Il faut que tu rentres au plus vite. A Jakarta, prends le premier vol pour Paris. Viens avec Francesco si tu veux, nous avons l'esprit ouvert et nous souhaitons le rencontrer. Ou bien, si tu le préfères, crée ton propre blog, toute seule ou avec Francesco. Ainsi, tu verras que la vie n'est pas si simple et que l'on ne pratique pas impunément le mélange des genres.

Lundi 27 février 2006

Si j'étais une femme minangkabau, j'hériterais de ma mère cette grande maison.

Mes frères veilleraient à mes besoins en toute saison.

Mon mari frapperait à ma porte

et humblement prendrait de mes nouvelles, au soir à la chandelle.

J'irais au marché, coiffée d'un long foulard et parée de tous mes atours.

Derrière moi chemineraient mes cousines, la tête vacillante sous les corbeilles pleines de fruits.

Avec mes soeurs je préparerais des repas qui soutiendraient l'honneur de notre maison.

Ah, si j'étais une femme minangkabau!

Padang, ce 27 février


Bon, je ne suis que moi-même, mais voici ce que nous avons goûté, Francesco et moi dans ce petit restaurant de Padang.

 

Dans le sens des aiguilles d'une montre :

ikan goreng

sayur bunis,

nasih putih

opor ayam

sambel goreng telur

sambel sayur

 

La cuisine padang, un vrai régal

 





par Fleur de sel publié dans : Le tour du monde
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