Nous avons fait un petit tour à Vientiane, c'est beaucoup moins beau que Luang Prabang. Ensuite, Francesco m'a aidée à prendre les billets pour traverser le fleuve et me rendre en Thaïlande. Lui même reste encore un peu au Laos.
Il m'a dit qu' en descendant ainsi du nord vers le sud et en passant par Sukhotai, je suivrai la route de l'expansion des Thaïs. Selon lui, il y aurait beaucoup de ressemblances entre ce peuple et les Francs à commencer par le nom puisque thaï comme franc veut dire libre. Que les Thaïs et les Francs avaient eu la même manière de conquérir progressivement un territoire, les provinces périphériques de l'empire khmère d'un côté, les provinces gallo-romaines de l'autre.
Ensuite, Francesco a tracé un parallèle pour l'invention des institutions politiques, depuis les agrégats de chefferies jusqu'à l'invention d'un puissant pouvoir royal de droit divin. J'avoue que là, il commençait à devenir long et ennuyeux et que j'ai décroché.
Je lui ai dit que tout ça était passionnant mais que mes lecteurs avaient d'autres centres d'intérêt. Il a eu l'air déçu et il s'est dépêché de souligner une dernière convergence entre les Thaïs et les Français, à savoir l'importance donnée à la cuisine, la qualité et la variété des plats, les cuisines de terroir et la haute gastronomie pratiquée dans les palais royaux et chez les aristocrates, puis copiée par les grands ignitaires bourgeois. Je ne sais pas pourquoi, Francesco ne sait pas faire de phrases courtes.
En abordant à Nong Khai, il était midi et je défaillais de faim. Je suis entrée dans le premier restaurant et c'est vrai qu'en voyant la carte, bien fournie, organisée en rubriques, avec les hors d'oeuvre, les viandes, les volailles, les poissons, les légumes, les pâtes, les riz, les desserts, je me suis retrouvée en pays de connaissance.
J'ai choisi un joli kaeng khieu wan pla. C'est à base de poisson, il y a un goût subtil de noix de coco, un peu de curry vert, des feuilles de citron et de basilic. Tout ça est incroyablement bien dosé et harmonieux. Le riz blanc était fabuleux.Je crois que je n'en ai jamais mangé de meilleur.
Ce qui me plaît aussi, c'est que tout est très joli.

P.S. Gracianne, j'ai bien relu mon dernier billet et je ne vois pas où Francesco s'est moqué de moi. Il parlait avec un ton tellement gentil et si tu avais vu son regard...
D'ailleurs, je lui ai demandé s'il avait voulu me railler. La main sur le coeur, il a dit : « Je ne suis pas Français de souche et j'ignore l'ironie »



