Les vergers de Bangkok - 恵美

Publié le par Fleur de sel

Courant d'un blog à l'autre, vous avez dû oublier ce qui s'est passé ici hier, et à quel point la situation était critique entre Nigel et Francesco.

Mais Nigel a un remède contre les accès de bile : une journée dans un verger, à Thonburi. C'est vrai que ce soir, tout le monde est à nouveau de bonne humeur.


Brigitte, la grande fille en jean qui nous a emboité le pas y est aussi pour beaucoup. Elle laisse les gens s'enferrer dans leurs opinions, puis elle les tire un peu plus loin et tout d'un coup, les voilà tout penauds. C'est du judo intellectuel. Et puis, avec son accent de bonne fille de Lauooosanne, on ne remarque pas tout de suite l'acuité de ses réflexions.


Avant de quitter l'hôtel ce matin, Nigel voulait absolument assister à la finale dame de patinage, « the most suggestive girls in the world ». Oui, a dit Brigitte « au Comité Olympique à Lausanne, les minorités sexuelles vont obtenir une grande victoire. Aux prochains J.O. il y aura du patinage couple homme/homme et femme/femme. Comme ça, ce sera encore beaucoup plus suggestif ». Nigel, tout dépité, m'a quand même félicité pour la victoire de Arakawa-san, comme si j'y étais pour quelque chose, moi, créature de blog née sous le soleil charentais.


Ensuite, Brigite a fait la même chose avec Francesco. Il était reparti dans ses interminables parallèles entre la France et le Siam. elle a abondé dans son sens surtout pour ce qui concerne le domaine agricole : le ventre à blé et le grenier de riz, deux agricultures hyperintensives fortes de l'utilisation massive d'engrais, de pesticides et bientôt d'OGM. Elle nous a parlé des prouesses de l'élevage intensif dans les deux pays, de ces dizaines de miliers de volailles élevées dans des hangars design, des tonnes de produits phytosanitaires qui les maintiennent en vie. Elle s'y connaît très bien. Son père élève quelques vaches sur les pentes du Jura et elle-même étudie l'agronomie. En bonne Suissesse, elle vise un poste dans un organisme international, comme l'IRRI aux Philippines.




Riz blanc de Thaïlande. Il en existe maintenant plusieurs variétés issues d'une agriculture biologique.
Riz rouge : cultivé sur les plateaux de l'Isan, coopérative de Surin.
Riz violet : même région, riz plus humide et plus sucré. Riz de base des paysans du nord-est, il est utilisé pour les desserts dans les sociétés urbaines.
J'ai lu qu'il existerait près de 20'000 espèces de riz en Thaïlande.



Elle voudrait surtout parvenir à  sauvegarder quelques espèces de riz sauvages.

 

Yam ma muang - Salade de mangues vertes







A midi, nous avons mangé des fruits et respiré des fleurs. Par moment la rumeur de Bangkok toute proche s'infiltrait sous les épais feuillages des manguiers et des bananiers. Le verger appartient à une veuve et à ses trois filles. Quand elles ne sont pas en train de cueillir des durians, des jacquiers ou de belles goyaves juteuses, elles empilent les fruits sur leur grosse barque plate, puis elles à partent à deux, l'une accoupie à l'avant, l'autre debout à l'arrière, arqueboutée sur sa perche. L'argent qu'elles gagnent au marché de Sanam Luang, elles le raportent sur le ventre, noué dans leur sarong.


« S'il n'y avait pas eu la crise monétaire des années 90, ces femmes seraient millionnaires » a affirmé Nigel. « Maintenant que l'économie est repartie, un promoteur se présentera bientôt. Elles quitteront ce paradis et auront beaucoup d'argent ».

La capitale dévore à nouveau l'espace qui l'entoure et ingurgite vergers, rizières, marais et canaux.


La fin de l'après-midi approchait lorsqu'une pirogue à longue queue est venue nous chercher. Il a d'abord fallu sortir du labyrinthe de klongs, puis le piroguier à lancé à fond son moteur sur le grand fleuve contournant la capitale. Nous avons aperçu les barges royales, les universités où les contestataires avaient été brûlés vifs dans les années 70, les silhouettes des temples étincelants dans le soleil couchant, les façades blafardes de Yawarat, les grands buildings à touristes et hommes d'affaires, les grues, les docks et les hangars du port.

Puis la ville s'est applatie dans la végétation et la nuit. Notre pirogue a continué de rugir, nous menant toujours plus au sud, vers le Golfe de Siam.

Publié dans Le tour du monde

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gracianne 26/02/2006 10:52

Les noix de coco à Taiwan étaient en général vendues dans leur coque verte, souvent juste percées d'un trou pour pouvoir y mettre une paille et boire le jus frais. Je n'en ai plus jamais mangé d'aussi bonnes....Paris, oui, ville de tentations. Il faut bien qu'il y ait quelques aventages à vivre ici.

Papilles & Pupilles 24/02/2006 18:48

Je trouve ces riz magnifiques moi aussi. J'espère qu'on aura l'occasion d'en trouver en France. Remarque quand j'étais petite, le basmati, le thai, n'avaient pas envahi les tables. Alors que ces riz parfumés sont quand même à mon goût bien meilleur.
 

Gracianne 24/02/2006 15:21

Ils sont magnifiques tous ces riz differents Fleur de Sel, je n'avais jamais rien vu de pareil, elle a raison Brigite d'essayer de sauver ces especes.
Dis moi, quel est ce fruit conique dans ta photo du haut, j'en ai deja vu dans les magasins asiatiques et je n'ai jamais su ce que c'etait?
Tout a l'heure, allechee par cette photo de produits frais, et une autre photo d'un lassi de mangue ches AnneE, j'etais sortie pour aller dans un grand magasin asiatique m'approvisionner en vue du weekend. Et puis il faisait trop froid, j'ai trouve refuge chez Fauchon ou j'ai achete un eclair a la framboise. Absolument delicieux. Tant pis, j'irai a Belleville la semaine prochaine, et au passage Brady, ou les deux.

Emi Taya 24/02/2006 16:24

Pour les riz, on peut les trouver chez Carrefour, me semble-t-il, et probablement dans d'autres grandes surfaces. Le "trend" à la recherche de valeur ajoutée à qc de positif puisqu'on sauvera ainsi de plus en plus de variétés oubliées. Et il reste encore beaucoup de choses qui ne sont pas commercialisées, à commencer par la fleur de bananier.Le fruit conique est ce qu'il reste d'une noix de coco lorsqu'elle est tombée sous un coupe-coupe malais ou dans une découpeuse thaïe. On enlève toute l'écorce verte et blanche sans toucher à la dernière coque, celle qui une fois sèche et brunie symbolise en général la noix de coco dans notre imaginaire. Je crois savoir que Fleur de sel rencontrera bientôt une kelapa muda ou tua, et qu'elle en parlera plus longuement.Fauchon et Brady, c'est le grand écart, dis-donc! Quand je lis ça, j'ai un instant de regret par rapport à Paris.