Le tour du monde

Vendredi 23 mars 5 23 /03 /Mars 15:50





Vive le printemps


Par Emi Taya - Publié dans : Le tour du monde
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Mardi 28 février 2 28 /02 /Fév 00:00

Dernier jour de février. Le printemps n'est plus très loin. Dans le jardin, les narcisses et les crocus pointent et les oiseaux ont ces roucoulades du fond de gorge qui annoncent les jours meilleurs.


Fleur de sel s'est rangée à nos raisons. Hier soir, nous avons longuement conversé sur Google Talk. Elle a entendu de la musique sunda et veut apprendre à chanter aussi bien qu'Ida Widawati. Pourquoi pas! Elle a une jolie voix cristalline et elle trouvera peut-être là sa vocation! De toute façon, elle est encore très jeune.


Quant à moi, je ne sais pas encore ce que je veux faire. Une chose est certaine, je dois réorganiser mes priorités. Le « food-blogging » a envahi toute ma vie, ma fille aînée me l'a dit plusieurs fois avec regret, la cadette avec amertume. J'avoue que bien souvent, les relations virtuelles ont pris le dessus sur les personnes qui vivent autour de moi. Je suis probablement plus à l'aise dans ces relations distanciées que dans les aléas d'une communication directe. Le docteur Suler a bien montré l'effet libérateur du cyberespace.


Le blog français m'a permis de rencontrer plus de personnes que 30 années de vie en France. C'était virtuel mais chaleureux. Je pense quotidiennement à chacune d'entre elles.


Une chose est certaine, je conserverai mon blog japonais. Vous n'imaginez pas comme les langues se rouillent quand on séjourne à l'étranger. Et qui dit « langue » dit « pensée ». Sans compter que pour nous autres Japonais, il y a aussi les milliers de signes que nous avons mémorisés tout au long de notre enfance pour pouvoir écrire et lire. Tout cela s'effrite, se dilue comme une fresque exposée au vent et à la pluie.


Mais il faut que je retrouve un peu de temps pour ma maison, mon jardin, mes livres, mes filles? Pourrais-je n'écrire qu'une fois par semaine? Ou par mois? ou uniquement pour les concours? Ma blogomania est si extrème que j'ignore si je suis capable de me limiter ainsi.

Garder le blog à portée de main, c'est vouloir vouloir renoncer au vin dans une cave de St-Emilion.


Pendant quelques temps, j'essaierai de ne plus aller vous voir, vous, toutes mes chères correspondantes. Cela sera vraiment très dur, car je pense à vous comme à ma famille. Mais la désintoxication est à ce prix.



Ma mère m'a appris qu'au moment d'un départ, il faut toujours remercier.

Alors mes remerciements vont à mes instruments de cuisine qui m'ont fidèlement assistés, à ma table de marbre où j'ai fait mes photos, à mon four tout déglingué mais efficace, à mes grands paniers d'osier que j'ai traînés sur tous les marchés de la Rochelle


Je dois aussi mentionner Balthazar, mon honorable mari. Au début, il m'a aidée honnêtement : il corrigeait mes textes français avec une patience angélique. Puis il s'est mis à les écrire, mais en restant assez fidèle à mes indications. Ensuite, cela s'est gâté. Son humour détestable a infiltré tous les textes et a perverti la totalité du blog. Je regrette infiniment son influence pernicieuse et je prie toute personne qu'il aurait pu blesser d'accepter mes plus humbles excuses. En ce qui concerne les torts qu'il m'a causés, je les lui pardonne. Nous avons passé quelques bons moments ensemble à imaginer l'avenir de Fleur de sel.


Un grand merci à mon appareil photo, à mon ordinateur, à OpenOffice, Picassa2, Firefox, Stumbleupon et autres gratuiciels ainsi qu'à Over-blog, ma plate-forme de blog qui n'a pas cessée de s'améliorer pendant que je l'utilisais.


Enfin un remerciement spécial à mes filles pour leur compréhension et patience. Au tout début, j'écrivais uniquement pour elles, mais dès que j'ai eu un petit public extérieur, je les ai négligées. Elles m'ont assurée qu'elles ne m'en tenaient pas rigueur.


Ne me dites ni adieu, ni au revoir.

Balthazar, Fleur de sel ou Francesco ont goûté aux joies du blog. L'un d'eux ou bien moi risque de céder à la tentation d'entr'ouvrir le rideau dans quelques temps. Peut-être à l'automne lorsque les journées redeviendront mornes.


Alors, so long!



Par Emi - Publié dans : Le tour du monde
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Lundi 27 février 1 27 /02 /Fév 16:00

Fleur de sel, je n'en peux plus. Voici quarante-cinq jours que tu voyages et que moi, chaque jour, je déchiffre des recettes inconnues, que je cours les magasins pour trouver et acheter des ingrédients rares. Si au moins tes étapes étaient régulières! Si par exemple, tu avançais de 500 km par jour, je pourrais m'organiser, programmer un peu à l'avance.

Parfois tu m'as beaucoup déçue. Regarde la Turquie que tu as traversé d'un trait, de nuit. Alors qu'il y a là une gastronomie si riche! Un résumé de tout le moyen-orient! Ta manière de procéder, ce n'est pas du voyage, c'est une course contre la montre. Pareil au Pakistan, tu n'as parlé ni des Briyani, ni de la Mulligatawnee soup. Tu voyages encore plus vite que les plus pressés de mes compatriotes. Et puis ensuite, sans aucune raison, tu t'arrêtes... Qu'est-ce que c'est que toutes ces journées sur des bateaux, dans les ports et sur les plages, alors que l'on y mange notoirement mal et que l'eau peut t'être fatale et qu'elle te menace d'une vie dissolue!

Pout te montrer que moi, j'ai pris tout cela au sérieux, je te dirai simplement qu'en prévision de ton séjour en Indonésie, j'avais déjà stocké du riz et des crevettes séchées de Java dans le placard. Et dans le frigo, j'ai congelé des cuisses de grenouilles comme celles que Balthazar et moi avions mangées à Cirebon, du poulet pour faire du soto, des petites boulettes de poisson qu'il y a dans les soupes chinoises de Surabaya et même des champignons de Bali J'ai aussi retrouvé les notes que j'avais prises à Macassar et j'ai pris contact avec la famille Waworuntu à Menado pour savoir s'ils pouvaient t'accueillir.

Le pire, c'est que je suis bloquée à la maison pendant que tu traînes sur les plages de Thaïlande et que tu composes des vers de mirliton sur les femmes minangkabau.

Je te le dis, je craque. Ici, les premiers signes du printemps sont partout. Les légumes tout frais seront bientôt sur les marchés alors que moi je serai obligée de te préparer les tempeh de Denpassar ou le soto de Madura. Je verrai une sole toute brillante chez mon poissonnier et ton itinéraire me réclamera les satés de Jogjakarta.

Sans compter que mon beau blog de cuisine est devenu n'importe quoi. Tu plagies Rimbaud, tu dénatures Baudelaire et tu oublies l'essentiel, ce qui fait le bonheur de mes lecteurs : les plats et les recettes.

Balthazar et moi en avons longuement parlé. Il faut que tu rentres au plus vite. A Jakarta, prends le premier vol pour Paris. Viens avec Francesco si tu veux, nous avons l'esprit ouvert et nous souhaitons le rencontrer. Ou bien, si tu le préfères, crée ton propre blog, toute seule ou avec Francesco. Ainsi, tu verras que la vie n'est pas si simple et que l'on ne pratique pas impunément le mélange des genres.

Par Emi - Publié dans : Le tour du monde
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Lundi 27 février 1 27 /02 /Fév 00:00

Si j'étais une femme minangkabau, j'hériterais de ma mère cette grande maison.

Mes frères veilleraient à mes besoins en toute saison.

Mon mari frapperait à ma porte

et humblement prendrait de mes nouvelles, au soir à la chandelle.

J'irais au marché, coiffée d'un long foulard et parée de tous mes atours.

Derrière moi chemineraient mes cousines, la tête vacillante sous les corbeilles pleines de fruits.

Avec mes soeurs je préparerais des repas qui soutiendraient l'honneur de notre maison.

Ah, si j'étais une femme minangkabau!

Padang, ce 27 février


Bon, je ne suis que moi-même, mais voici ce que nous avons goûté, Francesco et moi dans ce petit restaurant de Padang.

 

Dans le sens des aiguilles d'une montre :

ikan goreng

sayur bunis,

nasih putih

opor ayam

sambel goreng telur

sambel sayur

 

La cuisine padang, un vrai régal

 





Par Fleur de sel - Publié dans : Le tour du monde
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Dimanche 26 février 7 26 /02 /Fév 12:40

Il s'est passé beaucoup de choses depuis deux jours. Pardonnez-moi si je les survole. Au fond de moi, je sens croître une impatience annonciatrice de grands changements.


Nous avons passé la journée d'avant hier sur une petite plage déserte de l'isthme thaï. Francesco et Nigel s'étaient réconciliés. Brigitte et Nigel ont passé beaucoup de temps à batifoler dans l'eau. Moi, non, car Emi m'a souvent répété que ma constitution ne me le permettait pas, que ma personnalité était en quelque sorte soluble dans un excès d'humidité. Je suis donc restée au sec toute la journée, essayant d'y voir clair dans mes sentiments.


Francesco me tenait compagnie et nous avons beaucoup parlé. Il m'a expliqué que parmi tous les auteures et auteurs que je trouvais sur Google, la plupart tenaient des blogs mais que certains rédigeaient des livres, que les premiers étaient plus spontanés et primesautiers, que les deuxièmes avaient un plan d'ensemble et que leurs histoires avaient un début et une fin. Il m'a beaucoup parlé de Stendhal, de ses récits de voyage, de sa théorie sur la lente cristallisation des sentiments amoureux.


« Ne suis-je pas en train de cristalliser moi aussi, sous ce soleil tropical? » me suis-je demandée. Mais pour lequel de ces deux hommes? Je regardais Francesco qui savait tellement de choses, puis Nigel, l'eau ruisselant sur ses cheveux blonds, Francesco plein de promesses de grandes histoires, Nigel si rassurant avec son commerce de bière.


Brigitte et Nigel s'amusaient beaucoup. Elle l'aspergeait d'eau et il la poursuivait d'un crawl puissant. Elle disparaissait sous la surface et reparaissait soudainement derrière lui...


A la fin de l'après-midi, Brigitte nous a annoncé qu'il valait mieux qu'elle rentre à Bangkok et Nigel nous a dit que sa présence était requise par un problème survenu dans l'entrepôt principal. Il a proposé à Brigitte de la raccompagner et ils sont partis.


Francesco a aussi changé ses plans. Il n'avait plus l'intention de rencontrer cette fille au sarong de Singapour avec qui il avait pris rendez-vous.

"Pourquoi  ne pas traverser le détroit de Malacca et continuer à descendre vers le sud sur l'île de Sumatra?"


Hier, nous sommes arrivés dans la région de Danau Toba. Il y avait là un grand volcan qui aurait explosé faisant place à un immense cratère dont on ignore la profondeur. Aujourd'hui, c'est un grand lac avec en son milieu une île et sur l'île, un peuple très fier de grands tailleurs de pierre, les Batak.


Il y a une centaine d'années, les Batak mangeaient encore rituellement leurs ennemis avant de boire le vin de palme des grands jours dans les crânes précieusement mis de côté. Aujourd'hui, c'est un haut-lieu du tourisme branché. Comme le monde va... Les jeunes Australiens viennent y passer de mois d'afilée,  fumant la ganja jour et nuit et contemplant l'eau du lac.


Une fois débarqués sur Samosir Francesco et moi avons entrepris d'en faire le tour. Dans le premier village, un groupe de jeunes gens chantaient en coeur. Ils avaient un magnétophone et s'enregistraient. Ils nous ont demandé d'où nous venions et si nous ne pouvions leur enregistrer une chanson de notre pays.


Le rythme d'« Alouette, gentille alouette... » leur a tout de suite plu. Il a fallu traduire, « je te plumerai le bec, et le bec et le bec ». Musiciens nés, déjà ils chantaient le refrain à plusieurs voix.

« Et comment mangez-vous les alouettes? ».

Je leur ai donné la recette du pâté,avec du poivre de Sitchuan et des pistaches d'Ispahan.

Et les autres oiseaux, comment les mangez-vous. Il a fallu expliquer le salmis de palombes, les grives rôtis, les colombes en pastilla, les pigeons aux raisins, les poulets à la broche, les canards aux oranges...

Ils nous ont apporté à boire et nous nous sommes livrés à une véritable orgie de recettes, leur préparations de tripes contre nos fricandeaux, leur porc dans son sang contre nos ribambelles de boudins blancs, noirs au pommes ou pimentés...

Lorsque nous sommes repartis, ils ont repris « Et les pattes? Et les pattes, Et la tête? et la tête, Alouette, gentille Alouette... »


Nous avons admiré les grandes statues de pierre, les cases aux toitures élancées, le soleil à la verticale au-dessus de l'eau, le lac si profond tout autour de l'île.


En fin d'après-midi, repassant par le même village, nous avons retrouvé les garçons et les filles du matin. Ils chantaient tristement : « Eeeeet leeeeee Beeeeeeeeec? Eeeet leeee beeeeeeec......... ». A force de reécouter la mélodie, les piles du magnétophone s'étaient usées. Comme les parents qui ne voient pas grandir leur enfant, ils n'avaient pas noté l'altération progressive de l'air et du rythme.

Discrètement, presque furtivement, nous nous sommes éloignés.

« Alouououououeeeeet? Aaaaalououououeeeeet.... »

Par Fleur de sel - Publié dans : Le tour du monde
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Bonjour :)

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